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Les propos du Pape![]()
Le Premier ministre palestinien appelle Benoît XVI à "cesser de porter atteinte" à l'islam. Condamnation unanime de l'Egypte à l'Indonésie.
![]() Le pape Benoît XVI |
Les récents propos du pape Benoît XVI sur l'islam risquent de porter un coup à l'harmonie religieuse dans le monde, estimaient vendredi 15 septembre des dirigeants gouvernementaux et des dignitaires religieux de plusieurs grands pays musulmans, de l'Indonésie au Pakistan ou à l'Egypte.
Lors d'une conférence à l'université de Ratisbonne, le pape, qui vient d'effectuer une visite en Bavière, a cité le souverain byzantin Manuel II Paléologue qui, au XIVe siècle, accusait Mahomet d'avoir semé le Mal et l'inhumanité pour avoir prôné la diffusion de son enseignement par les armes.
"La violence est incompatible avec la nature de Dieu et avec la nature de l'âme", avait souligné le pape, qui avait utilisé les termes de "djihad" et de "guerre sainte".
Vendredi, en milieu de journée, une grenade a été lancée près de la plus ancienne église de Gaza sans faire de victime, et peu de dégâts, selon des témoins. Elle a explosé devant un bureau d'une association de jeunesse chrétienne, située dans la même enceinte que l'église.
Des manifestations contre les propos du pape devaient avoir lieu à Gaza dans l'après-midi.
"L'essence de notre foi"
Vendredi, le Premier ministre palestinien Ismaïl Haniyeh condamne les propos du pape et l'appelle à "cesser de porter atteinte" à l'islam.
"Au nom du peuple palestinien, nous condamnons les propos du pape sur l'islam. Ces propos vont à l'encontre de la vérité et touchent l'essence de notre foi", a déclaré à la presse le chef du gouvernement issu du Hamas, après avoir assisté à la prière du vendredi dans une mosquée de Gaza.
"Le pape doit réviser ses déclarations et cesser de porter atteinte à l'islam qui est la religion de plus de 1,5 milliard personnes dans le monde", juge-t-il.
Excuses demandées
Par ailleurs, un choeur grandissant de dignitaires musulmans a demandé à Benoît XVI de s'excuser pour ses propos: ainsi, le président du Conseil turc des Affaires religieuses, Ali Bardakoglu. Le pape doit se rendre en novembre en Turquie, pays laïque mais majoritairement musulman, à l'invitation du président Ahmed Necdet Sezer, garant de la laïcité héritée d'Atatürk.
L'Assemblée nationale pakistanaise, chambre basse du parlement d'Islamabad, a de son côté adopté à l'unanimité une résolution condamnant les propos du pape.
"Cette déclaration a blessé les sentiments des musulmans", lit-on dans le texte de la résolution. "Ils sont aussi contraire à la charte des Nations unies. Cette chambre exige du pape qu'il retire ses propos, dans l'intérêt de l'harmonie entre les différentes confessions du monde".
"Nuisible"
Le porte-parole du ministère pakistanais des Affaires étrangères a déclaré que quiconque jugeait que l'islam était intolérant ou que l'islam se propageait par la force faisait preuve d'ignorance. "Les déclarations de ce genre nuisent aux efforts que nous faisons pour réduire le fossé et promouvoir la compréhension entre les différentes confessions", a-t-il ajouté.
Le Pakistan est le deuxième pays musulman le plus peuplé après l'Indonésie.
Le Vatican a publié un communiqué assurant que le pape n'avait jamais voulu offenser l'islam.
A travers le monde
En Indonésie également, les réactions indignées aux déclarations de Ratisbonne ne se sont pas fait attendre.
"Il est clair, au vu de ses déclarations, que le pape ne comprend pas bien l'islam", a estimé Din Syamsuddin, président de Muhammadiyah, deuxième plus importante organisation musulmane d'Indonésie.
Fauzan Al Anshori, porte-parole du Conseil indonésien des Mujahideen, organisation radicale, a appelé le pape au dialogue et déclaré qu'il avait mal compris l'islam. Selon Anshori, le récent regain de radicalisme musulman est une réplique à la "croisade" menée par l'Amérique contre les musulmans.
En Egypte, le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Aboul Gheit, s'est dit préoccupé par les propos du pape, qui risquent d'après lui de réduire à néant les efforts de rapprochement entre l'Occident et l'Orient.
A New Delhi, Syed Ahmed Bukhari, principal dignitaire de la mosquée Jama Masjid, la plus grande de toute l'Inde, a appelé les musulmans à répliquer aux propos de Benoît XVI.
"Aucun pape n'a jamais tenté de s'en prendre à la gloire de l'islam comme ce pape", a déclaré Bukhari sous les acclamations de milliers de fidèles, qui scandaient "Allahou Akbar" (Dieu est grand) sous le dôme de l'immense mosquée. "Les musulmans doivent répondre de telle sorte que le pape s'excuse", a-t-il dit après les grandes prières du vendredi.
"Insultes"
Même son de cloche en Jordanie, où les musulmans ont estimé que les déclarations papales ne pouvaient qu'accroître le fossé entre les musulmans et l'Occident et montraient au grand jour la haine des chrétiens envers l'islam.
Pour le cheikh Hamza Mansour, qui dirige le Front du conseil de la Choura de l'action islamique, principal parti d'opposition du pays, seules des excuses présentées personnellement par le pape pourront effacer les "profondes insultes que représentent ces propos provocateurs" pour plus d'un milliard de musulmans.
Défense universitaire
A Paris, l'archevêque Mgr André Vingt-Trois a estimé sur Radio Notre-Dame que "déduire que le propos du pape était de porter un jugement sur l'islam, c'est réduire l'intérêt des débats universitaires et la liberté d'expression caractéristique de l'université en quelque chose qui ne va pas très loin".
"Il s'agissait d'une séance académique d'université à Ratisbonne et d'une réflexion assez méthodique sur un point qui marque évidemment très profondément l'évolution de la situation de la foi chrétienne dans le monde d'aujourd'hui, qui est le rapport entre la foi et la raison", a expliqué Mgr Vingt-Trois.
"Comme on le sait en Occident, ce débat a plusieurs décennies d'ancienneté pour ne pas dire plusieurs siècles", a-t-il poursuivi. "Tout l'effort du Concile d'abord, puis de Jean Paul II, puis maintenant de Benoît XVI est d'aider précisément à comprendre qu'il ne peut y avoir de foi chrétienne authentique sans une assise de l'intelligence qui se traduit par une production culturelle et une relation à la culture".
En butte à une tourmente d'indignations soulevée dans le monde musulman après ses propos sur l'islam, Benoît XVI pourrait saisir l'occasion de son angélus dominical pour revenir sur la polémique, après ses regrets exprimés via son secrétaire d'Etat.
A 10H00 GMT, le souverain pontife apparaîtra au balcon de sa résidence d'été de Castel Gandolfo pour délivrer la traditionnelle prière de l'angélus, suivie de messages aux pèlerins venus le saluer.
Ce sera sa première apparition publique depuis son voyage de six jours en Allemagne, au cours duquel il a lors d'un discours à Ratisbonne établi un lien implicite entre islam et violence en évoquant le jihad (la guerre sainte), des propos qui n'ont cessé depuis d'enflammer le monde musulman.
Le pape pourrait ainsi décider de s'exprimer personnellement sur l'affaire, après avoir confié samedi sa communication à son nouveau secrétaire d'Etat Tarcisio Bertone.
"Le souverain pontife est absolument désolé que certains passages de son discours aient pu paraître offensants pour la sensibilité des croyants musulmans et aient été interprétés d'une façon qui ne correspond d'aucune façon à ses intentions", a déclaré Mgr Bertone.
Des regrets qui n'ont pas cependant pas calmé la polémique. Quelques heures après les déclarations, le Maroc a annoncé qu'il rappelait en consultation son ambassadeur au Vatican.
Le Conseil des musulmans de Grande-Bretagne (MCB), plus importante organisation musulmane du pays, a jugé comme un "premier pas" la mise au point du Vatican, tout en précisant: "Nous ne sommes pas certains que ce soit assez pour être considéré comme une excuse".
Dalil Boubakeur, président démissionnaire du Conseil français du culte musulman (CFCM) et recteur de la Mosquée de Paris, a salué "avec optimisme" les propos du Vatican, estimant qu'ils répondaient à sa demande d'une "clarification".
Un dirigeant des Frères musulmans égyptiens, Abdel Moneim Aboul Foutouh, a, lui, estimé que les propos de Mgr Bertone ne "constituent pas une excuse".
Le cheikh Mohammed Sayyed Tantaoui, de la mosquée d'Al-Azhar au Caire, plus haute autorité de l'islam sunnite, s'est dit "indigné" des propos du pape, qui traduisent selon "lui une ignorance claire de l'islam".
En Arabie saoudite, pays qui abrite les premiers lieux saints de l'islam à La Mecque et Médine, le grand mufti, plus haut dignitaire religieux du pays, a accusé le pape de "mensonge". "L'islam n'a rien à voir avec le terrorisme", a dit cheikh Abdel Aziz al-Cheikh au quotidien Al-Riyadh.
"Un groupe armé irakien, Jaïch al-Moujahidine, a par ailleurs menacé de frapper à Rome et au Vatican en riposte aux propos de Benoît XVI. Un chef religieux de Mogadiscio, lié au puissant mouvement des tribunaux islamiques, a également appelé les musulmans à "se venger" du pape.
Dimanche, la sécurité sera renforcée aux alentours de Castel Gandolfo, avec des contrôles "intensifiés" et "méticuleux" qui ne devraient cependant "pas déranger la prière", a indiqué l'agence italienne Ansa.
appels au calme après les regrets du pape ![]()
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Le monde musulman multiplie les appels au calme, alors que Benoît XVI a exprimé publiquement ses regrets.
![]() Une église incendiée à Naplouse, en Cisjordanie |
Une soeur italienne tuée en Somalie ![]()
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Le Vatican dénonce un "acte horrible", espérant qu'il restera un "acte isolé". Inquiétudes après les propos controversés du pape sur l'Islam.
Une religieuse catholique italienne a été tuée par balles dimanche 17 septembre dans un hôpital à Mogadiscio, dernière en date d'une série d'agressions dont sont victimes les étrangers vivant en Somalie. Le Vatican dénonce un "acte horrible", espérant que cela resterait un "acte isolé". "Nous suivons avec préoccupation les conséquences de la vague de haine" provoquée par les propos controversés de Benoît XVI sur l'Islam "en espérant qu'elles n'auront pas de conséquences graves pour l'Eglise dans le monde", a déclaré le directeur de la salle de presse du Vatican, le Père Federico Lombardi.
Samedi 16 septembre, un chef religieux de Mogadiscio lié au puissant mouvement des tribunaux islamiques qui contrôlent la ville depuis juin dernier avait appelé les musulmans à "se venger" du pape, ajoutant que toute personne offensant le prophète Mahomet devait "être tuée".
Condamnation des tribunaux islamiques
Toutefois, les tribunaux islamiques somaliens ont officielement condamné le meurtre de la religieuse dimanche 17 septembre.
"Nous condamnons le meurtre de cette religieuse", a déclaré Cheikh Muktar Robow, vice-responsable de la sécurité du Conseil suprême islamique de Somalie (SICS). "C'est un acte barbare et contraire aux enseignements de l'Islam", a-t-il ajouté. "L'un des deux tueurs est en prison (...). Nous espérons la capture prochaine du deuxième homme", a ajouté le responsable du SICS.
Les assaillants ont pénétré dans l'hôpital SOS, dans le district de Huriwa (sud de Mogadiscio) et ont ouvert le feu sur la religieuse.
"Ils sont entrés dans l'enceinte de l'hôpital, ont ouvert le feu et se sont enfuis", a indiqué un employé de l'établissement, affirmant "ignorer leur identité".
Engagement humanitaire
Après une intervention chirurgicale, la femme, qui selon des témoins était une infirmière travaillant dans un hôpital pédiatrique dans le nord de la capitale, le personnel médical a déclaré qu'elle était décédée de ses blessures.
La victime, âgée de près de 70 ans, vivait en Somalie depuis de nombreuses années. La religieuse appartenait à l'ordre des missionnaires de la Consolation. Deux autres sœurs de cet ordre sont présentes à Mogadiscio.
Le ministère des Affaires étrangères italien a confirmé le meurtre et a rappelé qu'il déconseillait les voyages sur tout le territoire somalien, précisant qu'il avait conseillé aux sœurs de partir. Ces dernières avaient refusé, arguant de leur engagement humanitaire dans l'hôpital.
La tension persiste après les regrets du pape ![]()
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Malgré un relatif retour au calme, la branche irakienne d'Al-Qaïda promet de poursuivre la guerre sainte. Un portrait du souverain pontife brûlé à Bassorah.
![]() Une effigie du pape brûlée en Irak |
Les appels au calme qui se multiplient depuis dimanche dans le monde musulman, après le tollé déclenché par les déclarations du pape sur l'islam, semblent ne pas apaiser toutes les rancœurs. 500 manifestants ont brûlé, lundi 18 septembre, l'effigie du pape à Bassorah et la branche irakienne d'Al-Qaïda a appelé dans un communiqué à poursuivre la guerre sainte jusqu'à "la défaite" de l'Occident. Le Vatican a lancé une initiative diplomatique pour expliquer aux pays musulmans la position du pape Benoît XVI sur l'islam, annonce le numéro deux du Vatican, Tarcisio Bertone, dans une interview, lundi 18 septembre, au Corriere della Sera. "Nous avons chargé les nonces (ambassadeurs du Vatican, ndlr) dans les pays musulmans de présenter et d'expliquer ma déclaration aux autorités politiques et religieuses du pays et de faire connaître le texte du Saint Père pour valoriser les éléments ignorés jusqu'à présent".
En France, Dalil Boubakeur, président du Conseil français du culte musulman (CFCM), a pris acte dimanche des explications fournies par le pape Benoît XVI.
"Je pense que ces propos (ceux de dimanche, NDLR) sont beaucoup plus en rapport avec les relations traditionnelles d'amitié, de solidarité et de lutte commune sur des valeurs communes entre le christianisme et l'islam", a déclaré le recteur de la Mosquée de Paris.
Dimanche, le pape s'est déclaré "vivement attristé" par les réactions suscitées par son discours sur l'Islam et la guerre sainte, et a assuré que le texte qu'il avait alors cité, jugé offensant par les musulmans, n'exprimait pas son opinion personnelle.
En Egypte, l'influente confrérie islamiste des Frères musulmans a salué les déclarations que le pape a faites lors de la célébration de l'Angelus, dans sa résidence de Castel Gandolfo, près de Rome. "Nous considérons la déclaration du pape comme une rétractation, par rapport à ses propos précédents", a déclaré un dirigeant des Frères musulmans, Mohammad Habib.
"C'est un bon pas en direction d'une excuse", a-t-il ajouté.
Le pape en Turquie : un avion détourné ![]()
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Un Boeing de la Turkish Airways a été détourné vers l'Italie, mardi, par un Turc converti au christianisme qui voulait remettre un message au pape.
Un Boeing 737-400 de la Turkish Airways assurant la liaison entre Tirana et la Turquie a été détourné mardi 3 octobre vers l'Italie par un Turc converti au christianisme qui semble avoir agi seul et qui voulait remettre un message au pape Benoît XVI.
L'homme qui aurait réussi à faire croire à la présence à bord d'un autre pirate de l'air s'est rendu à la police peu après 20H00 locales (18H00 GMT), deux heures environ après l'atterrissage de l'avion sur l'aéroport de Brindisi, au sud de l'Italie. Il s'est excusé auprès des passagers.
Avant de pouvoir quitter l'avion, ces derniers ont été minutieusement contrôlés par la police qui voulait s'assurer qu'aucun complice ne se cachait parmi eux.
L'avion qui effectuait la liaison Tirana-Istanbul avec à son bord 107 passagers et six membres d'équipage, a été détourné au dessus de la Grèce vers 18H45 locales (15H45 GMT) et le pirate a demandé demandé à aller à Rome.
L'avion a été pris en chasse par quatre F-16 grecs qui l'ont escorté jusqu'à la frontière albanaise, puis a été intercepté par deux avions de chasse F-16 italiens qui l'ont contraint à se poser sur l'aéroport de Brindisi vers 18H00 locales (16H00 GMT).
Le pirate, qui n'était pas armé et dont le comportement n'était pas agressif, a demandé à parler à la presse et déclaré vouloir adresser un message au pape.
Selon le ministre turc des Transports, Binali Yildirim, rien n'indiquait que le détournement était destiné à protester contre la prochaine visite du pape en Turquie fin novembre. Le ministre, qui croyait lui aussi à la présence de deux pirates, a déclaré que ces derniers avaient demandé l'asile politique à l'Italie.
L'auteur du détournement s'est converti au christianisme en 1998 et est un objecteur de conscience qui cherchait à ce titre le soutien du pape, a indiqué la chaîne de télévision turque NTV.
Selon cette chaîne, le pirate de l'air - qui s'appelerait Hakan Ekinci - avait d'ailleurs déjà écrit au pape dans le passé.
Après l'atterissage à Brindisi, des négociations ont été engagées avec le pirate de l'air depuis la tour de contrôle de l'aéroport de Brindisi et le ministre italien de l'Intérieur Giuliano Amato a constitué à Rome une cellule de crise pour suivre le déroulement de l'affaire.
Un député albanais, Sabri Abazi, qui se trouvait à bord de l'avion et qui a été joint par l'agence italienne Ansa sur son téléphone portable, a parlé de deux pirates de l'air et précisé qu'aucune arme n'avait été exhibée.
Selon le député albanais, "les passagers ont été pris de panique".
"Les preneurs d'otage n'ont rien dit aux passagers. Ils sont entrés dans la cabine de pilotage, on a vu juste l'un d'eux qui est sorti de la cabine, un homme d'une trentaine d'année, avec des vêtements de sports", a-t-il raconté.
Le Vatican a fait savoir qu'il suivait l'événement et attendait "d'avoir plus d'éléments", selon son porte-parole Federico Lombardi. Le Vatican faisait par ailleurs savoir que le voyage du pape n'était pas remis en cause.
Benoît XVI, qui doit se rendre en Turquie du 28 au 30 novembre, a été au centre d'une virulente polémique à la suite d'un discours prononcé en Allemagne dans lequel il évoquait le rapport entre l'islam et la violence.
Ses propos controversés ont suscité une cascade de condamnations et de manifestations dans le monde musulman.
De nombreux dignitaires religieux et dirigeants politiques de pays à majorité musulmane avaient lui avaient demandé de retirer ses propos ou de s'excuser.
Benoît XVI s'était contenté de regretter l'incident et avait évoqué un malentendu.
Environ 15.000 personnes scandant des slogans antioccidentaux ont manifesté dans le calme dimanche à Caglayan, sur la rive européenne d'Istanbul, contre la visite qu'effectuera le pape Benoît XVI en Turquie à partir de mardi.
Le nombre des participants était bien inférieur au million de personnes prédit par le petit parti (islamiste) de la Félicité, organisateur de la manifestation dont le mot d'ordre était "le pape n'est pas le bienvenu".
A l'origine, le mot d'ordre devait être "le pape rusé et ignorant n'est pas le bienvenu", mais le SP, qui n'est pas représenté au parlement, l'a modifié sous la pression des autorités qui lui a demandé d'éviter des slogans injurieux, selon la presse.
Des centaines de membres des forces de sécurité, notamment de la police antiémeutes, étaient déployés sur place, mais la manifestation s'est dispersée sans incidents.
"Demande pardon aux musulmans avant de venir sur ces terres sacrées," a martelé Recai Kutan, président du SP, traitant Benoît XVI de "représentant de la haine" et d'"ambassadeur de l'impérialisme mondial".
"Du respect pour le prophète, Pape !" pouvait-on lire sur une bannière déployée par les manifestants. "Pape ignorant, apprend ta propre histoire !" et "Pape, rentre chez toi!" était-il écrit sur d'autres.
"Allahu Akbar," ont hurlé les manifestants, tandis que d'autres, certains brandissant des drapeaux palestiniens et tchétchènes, scandaient "à bas Israël!" et "à bas l'Amérique!".
"J'ai des clients chrétiens et je les respecte", a déclaré à l'AFP un des manifestants, Munir Ozel, boucher dans le quartier cossu de Nisantasi. "Nous avons des églises et des prêtres et nous les respectons, mais eux aussi, ils devraient nous respecter".
Le pape sera de mardi à vendredi en Turquie, où il se rendra à Ankara et Ephèse (ouest) avant de gagner Istanbul mercredi soir.
Plusieurs islamistes et nationalistes sont convaincus que les rencontres prévues à Istanbul entre Benoît XVI et le Patriarche Grec Orthodoxe Bartholomée I visent non seulement à un rapprochement entre les deux églises, mais aussi à créer une alliance chrétienne contre l'islam.
Sur une affiche montrant des photos de victimes de la guerre en Irak, était posée la question: "Qui a fait cela ?"
Une autre bannière demandait: "qui est le responsable du terrorisme ? Les Etats-Unis, Israël et l'Union européenne, ou l'Irak et les Palestiniens ?"
L'édition dominicale du quotidien islamiste Milli Gazete, qui soutient le SP, titrait: "ici, c'est Istanbul, pas Constantinople".
Et de poursuivre: "le pape va voir à Caglayan qu'on ne peut cacher le soleil avec de la boue".
Les manifestants ont également scandé: "brisez les chaînes, ouvrez Sainte-Sophie" à la prière musulmane. Le pape visitera jeudi cette église byzantine du VIe siècle, devenue un musée en 1935.
Mercredi dernier, la police a interpellé 39 personnes qui ont manifesté sans autorisation dans l'enceinte de Sainte-Sophie pour protester contre la venue du pape.
Les islamistes et les nationalistes turcs sont furieux que ce lieu, qui a servi de mosquée pendant presque cinq siècles sous l'empire Ottoman, figure sur l'itinéraire de Benoît XVI, disant que cela est la preuve des ambitions chrétiennes, selon eux, de retransformer l'édifice en église.
Le SP a pris la suite du parti du Bien-être, éloigné du pouvoir en 1997 sous la pression des milieux laïques, dont l'armée, et interdit par la cour constitutionnelle l'année suivante pour avoir porté atteinte à la laïcité en Turquie.
Des modérés, dont l'actuel Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, avaient alors pris leurs distances avec le mouvement en annonçant qu'ils renonçaient à l'islamisme pour former le Parti de la Justice et du Développement (au pouvoir), qu'ils définissent comme étant "démocrate conservateur" et respectueux de la laïcité.
Un millier de manifestants agitant des drapeaux verts ont défilé dans les rues de Khartoum, la capitale soudanaise, pour réclamer la mise à mort de l'institutrice britannique accusée d'avoir
insulté l'islam.
Gillian Gibbons, 54 ans, poursuivie parce que ses élèves ont donné le nom du Prophète à un ours en peluche, a été condamnée jeudi à 15 jours de prison et à être expulsée.
"Celui qui insulte le Prophète ne doit pas vivre", ont scandé les manifestants qui se sont rassemblés juste après la grande prière du vendredi. Certains ont brandi des cimeterres et brûlé des journaux avec la photo de l'enseignante britannique.
Le cortège a fait une halte devant l'Unity High School, où enseignait Gibbons, mais n'a pas cherché à pénétrer dans l'enceinte de l'établissement, étroitement gardé par des policiers soudanais en tenue anti-émeute.
Les manifestants se sont ensuite dirigés vers l'ambassade de Grande-Bretagne et plusieurs centaines d'entre eux ont cerné la résidence de l'ambassadeur en scandant des slogans.
Le consul de Grande-Bretagne et le n°2 de l'ambassade ont pu voir l'institutrice vendredi en détention et ont déclaré qu'elle se portait bien. Ils n'ont pas précisé où elle était détenue.
Mercredi, Gibbons avait été inculpée d'insulte à l'islam, d'incitation à la haine et de mépris envers les croyances religieuses, ce qui pouvait lui coûter 40 coups de fouet, un an de prison et une amende.
Selon un de ses avocats, elle pourrait être expulsée avant d'avoir purgé la totalité des quinze jours de sa peine.
A Londres, le Foreign Office s'est déclaré "extrêmement déçu" par la décision du tribunal soudanais de juger l'institutrice coupable et il a annoncé que l'ambassadeur du Soudan serait convoqué sur le champ.
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